création théâtre
représentations de 2006 à 2008

Cela part de rien, ce qui s‘appelle rien...
A peine une sensation, une légère oscillation qu’on pourrait qualifier si on la perçoit, de peccadille, de broutille, de vétille, un petit rien...
Presque rien, juste des mots...

Deux hommes qu’une amitié lie depuis toujours vont découvrir à partir de ce presque rien, qu’ils se sont trompés sur eux-mêmes. Pendant une heure, ils vont s’obliger mutuellement à mettre à jour les plus intimes rancunes provoquées par les plus infimes sensations, réduits à se faire face, livrés l’un à l’autre, pieds et poings liés. Sous l’amitié, une différence profonde, irréductible, constitue le tissu de leur relation.
Ils vont tout remettre en question, démonter tout ce qu’ils ont construit, leur identité propre mais aussi leur relation.
Jusqu’à la rupture ?

  • « L’altruisme n’exige en rien l’abandon à un autre, Dieu, la loi morale ou autrui. La déprise de soi est au contraire l’un des chemins qui mène le plus sûrement à l’obéissance aveugle et à la servilité ».
                                                                               Michel Terestchenko - Un si fragile vernis d'humanité - Editions La Découverte - 2006
  •  
  • « On tend vers une uniformité des conduites, mais on n’y est pas encore.
  • Les gens se constituent leurs propres limites, finalement, ils se ferment aux autres. Ils se ferment à tout un ordre de sensations, de sentiments qu’ils refusent de connaître. Ils prétendent ne les avoir jamais éprouvés et ils ne veulent pas mettre le pied sur ces sables mouvants. Ils n’ont pas envie de toucher à la sacro-sainte image qu’ils ont d’eux-mêmes, à leur intégrité, à leur unité.
  • C’est une façon de ne pas vouloir reconnaître en eux une violence intime ».
                                                                               Nathalie Sarraute - Entretiens avec Simone Benmussa - Editions La Renaissance du livre - 1999

Intentions
Nous proposons pour un soir de vivre une expérience partagée entre amis, voisins, collègues de travail. Nous venons chez vous ou dans un espace habité, marqué de la vie de ses occupants, sans rien d’autre que ce qui existe déjà. Un lieu avec ses contraintes, ses recoins pour y vivre un temps singulier avec les personnes présentes.

Ce choix du lieu de la représentation correspond à notre volonté de travailler à un autre type de rapports entre acteur et spectateur : ici, pas de séparation scène salle, pas de quatrième mur, pas une partie plongée dans l’obscurité tandis que l’autre est éclairée, pas de rapport d’autorité. Nous voulons permettre au spectateur d’être un témoin privilégié, au plus près de la pensée, des sensations, pour créer un rapport d’intimité, de proximité et de sensibilité.

Cela revient à interroger la position du spectateur, l’endroit d’où l’on regarde, l’endroit d’où l’on parle, essayer d’éclairer une parole active sans rien présupposer… En d’autres termes, éviter l’aspect social, se débarrasser du sujet, des personnages et de l’intrigue, éviter les analyses psychologiques trop prévisibles et déjouer les pièges du langage.

  • « C’est ce qui habituellement n’est pas dit mais juste pensé qui agit. Ce qu’en général, on garde pour soi, le « non » dit, qui quand il surgit rend tangible en chacun de nous ce que nous avons de différent, d’unique et en même temps de tellement partagé » précise Nathalie Sarraute. 

Le dispositif fragmente le public et le place à l’intérieur du texte. Une autre image se forme, ouverte, favorable au déploiement intérieur de chacun.
Pour tenter de réveiller ce si fragile vernis d’humanité.

  • texte
  • Nathalie Sarraute
     
  • scénographie et adaptation
  • Gilles Trinques
     
  • mise en jeu
  • Françoise Viallon-Murphy
     
  • avec
    • Patrice Connard
    • Gilles Trinques
  • production
  • Cie Labellequipe

documents associés