court métrage fiction
en développement écriture et recherche de production

  • genre : western
  • durée : 20 mn
  • tags : subjectivation, enfants placés, féminisme, filiation, effets du libéralisme, travail
  • crédit photos : Anders Petersen, Walker Evans

« Le western est le lieu d’une répétition infinie, celle des mêmes rites qui consacrent un ordre sans cesse menacé et sans cesse rétabli. Dans les duels qui nous opposent, il s’agit toujours d’être en état de refaire au moment voulu le même geste, celui de dégainer son révolver et d’appuyer sur la gachette.
Dans cet univers privé de temporalité, c’est toujours le même dixième  de seconde qui revient l’espace d’un battement de cil où pourrait être remis en question l’ordre libéral, mais par lequel il se retrouve en définitive confirmé »

                                                                      Bernard Dortin Bellour-Le western. 

  • Un samedi soir de novembre, Annabelle, ancienne enfant placée, 17 ans, arrive dans la cohue âpre et violente d’un relais routier perdu au cœur d’une forêt dévastée.
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  • Seule, en situation de survie, absolument sincère, avec une parole sans filtre qui ne dissimule rien de sa vulnérabilité, elle cherche une issue, un lien, un regard.

intentions
D’une exclusion à l’autre, je tente avec ce projet de répondre à ma propre histoire.

Deux envies nourrissent l’idée du film.
D’une part, un routier, un tripot oublié du monde, perdu dans un environnement dévasté, comme figure et métaphore de notre modernité. Un lieu où règne l’arbitraire, la loi de la sélection naturelle, la mise en concurrence généralisée. Un état d’être fondé sur l’incertitude et l’angoisse, inscrit à même nos subjectivités, qui bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme.

Avec le désir de travailler à partir d’un genre, le western, comme espace mythologique de la violence. Il me paraît être la forme la plus à même de décrire la dynamique du désastre libéral et écologique que nous vivons et l’exclusion sociale qu’il génère.

Et pour incarner la métaphore, Annabelle, SDF de 17 ans, ancienne enfant placée au parcours chaotique, emportée par la déshérence affective, les humiliations, l’impératif de survie. Elle démarre sa jeune vie en guerre, seule, sans attaches ni soutien, avec pour unique ressource, son énergie, sa sincérité, son courage et pour seul langage, une violence insidieuse, euphémisée, ancrée au plus profond de son être, de sa langue. 

J’essaie d’explorer cet écart entre l’intime et la violence du monde. Et en filigrane, interroger le sentiment d’abandon, le besoin de percer le mur du silence, le recours aux actes violents pour se sentir exister. Annabelle adopte comme les soldats en zone de combat, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger. Pour prendre sa place dans la jungle libérale, chacun doit ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres. La tolérance à la violence et à l’injustice infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Le calcul, le cynisme sont devenus l’équivalent de courage et de force de caractère.

Je veux partir de ça, de cette vision du western, celle d’un huis clos sans échappatoire possible où les choix se font d’instinct, dans l’instant, sans mensonge possible. Il devient impossible de tracer une frontière claire entre le bon et le mauvais. Un western au féminin pour déjouer les codes de la virilité, revisiter les codes de la masculinité, en gardant malgré leur vulgarité, toute la subtilité des émotions, des gestes, des comportements.

Et dans le chaos émotionnel qui nous traverse, explorer la fragilité de ce qui prend forme entre Annabelle et Valentin, comme un miroir qui éclaire le besoin que nous avons de nous reconnaître dans le regard de l’autre. Annabelle se révèle intensément vivante, imprévisible, ébranlable, sans rien dissimuler d'elle même. Raconter cette naissance, ce chemin, ce hasard. Pour mettre au jour la nécessité de reconquérir la parole, nos liens, autant que l’urgence de penser un monde commun.

La rencontre d’Annabelle et de Valentin en est l’aperçu. Elle ouvre d’autres repères de la filiation, déplie un effet de miroir générationnel où l’avenir pourrait prendre d’autres contours, où la fatalité du destin pourrait être enfin rompue.

nov 2021