court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western
  • durée : 20 mn
  • tags : enfants placés, travail, libéralisme.
  • crédit photo : Anders Petersen, Walker Evans

« Le western est le lieu d’une répétition infinie, celle des mêmes rites qui consacrent un ordre sans cesse menacé et sans cesse rétabli. Il s’agit toujours d’être en état de refaire au moment voulu le même geste, celui de dégainer son révolver et d’appuyer sur la gachette.
Dans cet univers privé de temporalité, c’est toujours le même dixième ou le même centième de seconde qui revient l’espace d’un battement de cil où pourrait être remis en question l’ordre libéral par lequel il se retrouve en définitive confirmé »

                                                                      Bernard Dortin Bellour-Le western. 

  • Une jeune ado à la recherche de travail, passe une soirée dans un bar où règnent les lois de la jungle.

intentions
D’une exclusion à l’autre, je tente avec ce projet de répondre à ma propre histoire. Notamment sur la transmission du traumatisme et la nécessité d’en comprendre les mécanismes.

Deux envies nourrissent l’idée du film.
D’une part, un routier, un saloon, comme métaphore. Un lieu où règne l’arbitraire, la loi de la sélection naturelle, la mise en concurrence généralisée, comme figure de notre modernité. Un état d’être fondé sur l’incertitude et l’angoisse, inscrit à même nos subjectivités, qui bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme.

Avec le désir de travailler à partir d’un genre, le western, comme espace mythologique de la violence. Il me paraît être la forme la plus à même de décrire la dynamique du désastre libéral et écologique que nous vivons et l’exclusion sociale qu’il génère.

Et pour incarner la métaphore, Annabelle, SDF de 18 ans, enfant placée au parcours chaotique, emportée par la déshérence affective, les humiliations, l’impératif de survie. Elle démarre sa jeune vie en guerre, seule, sans attaches ni soutien, avec pour unique ressource, son énergie, sa sincérité, son courage et pour seul langage, une violence insidieuse, euphémisée, ancrée au plus profond de son être, de sa langue.

J’essaie d’explorer cet écart entre l’intime et la violence du monde. Et en filigrane, interroger le sentiment d’abandon, le besoin de percer le mur du silence, le recours aux actes violents pour se sentir exister. Annabelle adopte comme les soldats en zone de combat, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger. Pour prendre sa place dans la jungle libérale, chacun doit ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres. La tolérance à la violence et à l’injustice infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Le calcul, le cynisme sont devenus l’équivalent de courage et de force de caractère.

Je veux partir de ça, de cette vision du western, celle d’un huis clos sans échappatoire possible où les choix se font d’instinct, dans l’instant, sans mensonge possible. Il devient impossible de tracer une frontière claire entre le bon et le mauvais. Le western pour déjouer les codes de la virilité, revisiter les codes de la masculinité, en gardant malgré leur vulgarité, toute la subtilité des émotions, des gestes, des comportements.

Et dans le chaos émotionnel qui nous traverse, explorer la fragilité de ce qui prend forme entre Annabelle et Valentin, comme un miroir qui éclaire la difficulté que nous avons à nous reconnaître dans le regard de l’autre. Raconter ce besoin, cette naissance, ce chemin, ce hasard. Pour mettre à jour nos traumatismes et l’urgence de repenser le monde ensemble, la nécessité de reconquérir la parole, nos liens, autant que notre besoin de solidarité.

L’histoire de la rencontre d’Annabelle et de Valentin en est l’aperçu. Elle ouvre d’autres repères de la filiation, déplie un effet de miroir générationnel où l’avenir pourrait prendre d’autres contours, où la fatalité du destin pourrait être enfin rompue.

sept 2021