court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western
  • durée : 20 mn
  • tags : enfants placés, libéralisme, traumatisme, chemin de résilience.
     

Pour couper l'ambiance musicale, mettez en pause le player en première page...

« Je ne rêve jamais. Je reproche au rêve de se substituer trop souvent à l'action.
Le plus petit acte du monde me paraît plus beau qu'un rêve.
Je ne rêve jamais, j'aime, voilà tout mon secret 
 »

                                                                      Joseph Delteil - La Deltheillerie -  Edit° Grasset.

 

« Le western est le lieu d’une répétition infinie, celle des mêmes rites qui consacrent un ordre sans cesse menacé et sans cesse rétabli. Il s’agit toujours d’être en état de refaire au moment voulu le même geste, celui de dégainer son révolver et d’appuyer sur la gachette.

Dans cet univers privé de temporalité, c’est toujours le même dixième ou le même centième de seconde qui revient l’espace d’un battement de cil où pourrait être remis en question l’ordre libéral par lequel il se retrouve en définitive confirmé »

                                                                      Bernard Dort - La Nostalgie de l’épopée, in Bellour-Le western. 

  • Un samedi soir de novembre, Annabelle, une jeune ado solitaire et démunie, arrive dans un relais routier perdu au cœur d’un important chantier forestier. Prête à tout, en situation de survie, elle cherche une issue, un lien...
  •  
  • Pour exister, trouver sa place dans la cohue âpre du routier, elle va devoir faire l’expérience cruelle du monde des adultes...

intentions
J’ai toujours travaillé sur la transmission du traumatisme, notamment les effets des traumatismes issus de la guerre. Je tente d’une certaine manière avec ce projet de répondre à ma propre histoire, même s’il m’était difficile de le faire frontalement.

D’une exclusion à l’autre, les effets de l’exclusion sociale, notamment des enfants placés, portent en eux la réalité d’une violence qui n’en demeure pas moins réelle.

Deux envies complémentaires nourrissent l’idée du film.
D’une part, prendre comme métaphore un lieu collectif, un routier, un saloon. Un lieu où règne l’arbitraire, la loi de la sélection naturelle, la mise en concurrence généralisée, comme figure de notre modernité. Un état d’être fondé sur l’incertitude et l’angoisse, inscrit à même nos subjectivités, qui transforme en profondeur les rapports entre les individus, bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme.

Avec le désir de travailler à partir d’un genre, le western, comme espace mythologique de la violence. Il me paraît être la forme la plus à même de décrire la dynamique du désastre libéral et de l’exclusion sociale.

D’autre part pour incarner la métaphore, Annabelle, SDF de 18 ans, ancienne enfant placée au parcours chaotique, emportée par la déshérence affective, les humiliations, l’impératif de survie. Comme Valentin avant elle, elle démarre sa jeune vie en guerre, seule, livrée à elle-même, sans attaches ni soutien, avec pour unique ressource, son énergie, sa sincérité, son courage et pour seul langage, une violence insidieuse, euphémisée, ancrée au plus profond de son être, de sa langue, de ses rêves.

J’essaie d’explorer cet écart entre l’enfance et la violence du monde. Et en filigrane, interroger le sentiment d’abandon, les effets de l’exclusion sociale, le besoin de percer le mur du silence, le recours aux actes violents pour se sentir exister.

La dynamique implicite du libéralisme a toujours été la violence. Annabelle adopte comme les soldats en zone de combat, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger et la souffrance. Pour prendre sa place dans la jungle libérale, chacun doit ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres. La tolérance à la violence et à l’injustice infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Le calcul, le cynisme sont devenus l’équivalent de courage et de force de caractère.

Il faut partir de là, de cette vision, de ce lieu où règne la loi du plus fort. Un huis clos sans échappatoire possible qui est celui du libéralisme sauvage. Les choix se font d’instinct, sans mensonge possible. J’aimerais que ce trouble devienne l’espace mental du spectateur, qu’il devienne impossible de tracer une frontière claire entre le bon et le mauvais. Montrer l’emboîtement des duels. Laisser transpirer ce qui travaille en creux dans le récit, trouver cette plasticité du temps, cette énergie intérieure dans les regards.

Le western, là encore… entre la cruauté subversive de Fassbinder, les anti-héros violents et complexes de Peckinpah et l’humour noir des frères Coen. Arriver à dépasser par la fiction, la dimension documentaire et naturaliste du parcours d’Annabelle, pour mieux rendre compte de la complexité du réel.

Et dans le chaos émotionnel qui nous traverse, explorer la fragilité de ce qui prend forme entre Annabelle et Valentin, comme un miroir, éclairer pour chacun d’eux, l’absence de père, l’absence de lien, la difficulté que nous avons à nous reconnaître dans le regard de l’autre, raconter ce besoin de trouver chez l’autre un sentiment d’appartenance, comme la possibilité d’un salut. Essayer de filmer cette naissance, le chemin de l’amour, ce hasard, comme un manifeste.

L’histoire de la rencontre d’Annabelle et de Valentin en est l’aperçu. Elle ouvre d’autres repères de filiation, un effet de miroir générationnel où l’avenir prend d’autres contours, où la fatalité du destin peut être enfin rompue.

mars 2020