court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western
  • durée : 20 mn
  • thèmes : violence, transmission, traumatisme, anticipation sociale

« Ce film est destiné à interroger la violence en chacun de nous, la violence de la condition politique du monde actuel. J’ai l’intention de provoquer un effet de catharsis. Quelqu’un pourra ressentir une exultation maladive à la vue de cette violence mais il doit se demander “Qu’est-ce qui se passe dans mon cœur?”.
La dynamique sous jacente de notre société a toujours été la violence et l'est toujours. Religions, lois, tout le monde semble penser que l'homme est un sauvage domestiqué. Mais il est seulement un animal. Reconnaissez-le... Il est capable de grâce, d'amour et de beauté. Mais ne me dites pas que nous ne sommes pas violents.» 

  •                                                                            Sam Peckinpah - propos sur Les chiens de paille - 1971

« On tend vers une uniformité des conduites, mais on n’y est pas encore.
Les gens se constituent leurs propres limites, finalement, ils se ferment aux autres. Ils se ferment à tout un ordre de sensations, de sentiments qu’ils refusent de connaître. Ils prétendent ne les avoir jamais éprouvés et ils ne veulent pas mettre le pied sur ces sables mouvants. Ils n’ont pas envie de toucher à la sacro-sainte image qu’ils ont d’eux-mêmes, à leur intégrité, à leur unité.
C’est une façon de ne pas vouloir reconnaître en eux une violence intime ».

                                                             
                                                                 Nathalie Sarraute - Entretiens S. Benmussa - Edit° La Renaissance - 1999

  • Un samedi soir pluvieux de septembre dans un relais routier perdu au cœur d’une forêt d’Auvergne. A une table isolée, Valentin patron d’une petite scierie rencontre Hector, un jeune garçon à la dérive, turbulent et agressif. Il décide de le prendre sous son aile. 
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  • Alors qu’ils font connaissance, dans la cohue âpre et bruyante de cette fin de semaine, un vieil homme au regard agité, usé par l’alcool, erre de table en table pour soutirer un coup de plus à boire. Quand il s’arrête face à un groupe de jeunes bucherons slovaques, la réponse est cinglante, humiliante, cruelle. Toute la salle rit aux dépens du vieil homme. Valentin se lève, défie seul les six jeunes bucherons surexcités. S'il a des raisons personnelles de désamorcer la violence aveugle portée à son comble et de prendre la défense de cette épave alcoolique qui s’agite dans une mare de bière, ce n’est pas par compassion…

intentions
A l’heure où les conflits sont toujours plus escamotés, euphémisés, le western comme genre cinématographique est peut-être la forme la plus juste pour questionner la représentation de la violence, en même temps qu’un difficile exercice de style.

Je souhaite interroger, au-delà même de la figure du personnage de fiction, différentes formes de violence et voir comment elles nous traversent. Ce n’est pas la monstruosité des personnages ou leur vertu qui m’intéresse, mais leur humanité, leurs contradictions, leurs trajectoires existentielles, la mise en scène par la violence de leur histoire cachée.C’est à dire ce qui se joue aux yeux de l’autre.

Pourquoi choisit-on de risquer son intégrité physique face à l’abus de pouvoir et la cruauté ordinaire ? Qu’est ce qui fait que l’animalité du bourreau qui sommeille en nous bascule dans l’horreur ? Comment devient-on un héros au quotidien ?

Il s’agit ici de transmission, de traumatisme, des ressorts qui permettent d’éclairer chez Valentin, une forme de résilience à la violence, une alternative à la transmission du traumatisme vécu grâce à ce qu’il initie avec Hector. 

Plutôt que de m’arrêter au seul spectacle de la violence et à l’effet de sidération des images, je veux essayer d’interroger les conséquences les moins spectaculaires de la violence. D’ailleurs la violence physique exercée sur les corps ne nous touche plus. La télévision nous en abreuve quotidiennement. Tsunamis, cyclones, Terre dévastée. Violence d’images de guerre, d’attentats et autres bons usages de la torture justifiés par nos démocraties...Nous sommes saturés. Jusqu’à ne plus voir la situation de ceux qui meurent sous nos yeux, sur nos plages, sur nos trottoirs, au cœur de nos villes. 

Au même titre, la violence des dominants nous est présentée comme légitime parce qu’elle est au service de l’économie. Je pense que ses effets les plus durables, les plus ancrés dans notre inconscient nous en disent plus que les violences les plus frappantes. C’est la violence des rapports de pouvoir, des rapports de classe. La jeune femme représente cette figure du pouvoir patriarcal d’autant plus acceptable qu’elle est pourvoyeuse de travail et incarnée par une femme.

Quelles sont les limites de nos rapports de force ? Quel est notre rapport à la violence, quel seuil d’acceptabilité ? Comment ne pas aseptiser les échanges ? 

Paradoxalement, à la moindre inflexion, au moindre mot plus engagé qu’à l’ordinaire, nous sommes condamnés, accusés d’être agressifs, négatifs, idéologues, indignes de prendre la parole. Nous sommes devenus des sujets de la modernité très méfiants, incapables d’accepter la plus élémentaire controverse, hyper sensibles au moindre éclat de parole, hyper chatouilleux au moindre écart, toujours prompts à stériliser notre regard, à nous réfugier dans le discours opportuniste de l’extrême centre et néanmoins sourds et aveugles à la morale d’une violence économique qui elle, s’impose toujours plus. 

L’adaptation des uns fait le lit de l’abus des autres. 
Ou la peur d’agir comme maxime du courage…