court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western contemporain
  • durée : 20 mn
  • thèmes : violence sociale, enfance placée, résilience.

portraits : Christian Coulon 2015 - (Fay sur Lignon - Haute Loire)

« On tend vers une uniformité des conduites, mais on n’y est pas encore.
Les gens se constituent leurs propres limites, finalement, ils se ferment aux autres. Ils se ferment à tout un ordre de sensations, de sentiments qu’ils refusent de connaître. Ils prétendent ne les avoir jamais éprouvés et ils ne veulent pas mettre le pied sur ces sables mouvants. Ils n’ont pas envie de toucher à la sacro-sainte image qu’ils ont d’eux-mêmes, à leur intégrité, à leur unité.
C’est une façon de ne pas vouloir reconnaître en eux une violence intime ».

                                                             
                                                                 Nathalie Sarraute - Entretiens S. Benmussa - Edit° La Renaissance - 1999

  • Un samedi soir pluvieux de septembre Hector, un ado SDF âgé de 16 ans arrive à pied dans un relais routier perdu au cœur d’une forêt. Il est à la recherche d’un dénommé Valentin Agut, qu’il prétend avoir pour père et qu’il n’a jamais vu.
  • Seul, livré à lui-même dans la cohue âpre et violente du routier, Hector va rencontrer son père sans le savoir…

intentions
On peut toujours ironiser, banaliser, détourner la tête, se divertir, rechigner à regarder le monde en face, il n’empêche… la dynamique sous jacente du libéralisme a toujours été la violence. Une violence sociale issue de la mise en concurrence généralisée des individus, fondée sur l’incertitude et l’angoisse, inscrite à même nos subjectivités. 

J’ai eu envie de mettre en perspective notre avenir immédiat. L’histoire banale d’un gamin de 16 ans livré à lui-même dans des conditions extrêmes, seul, sans repères, sans attaches ni soutien, qui se bat pour survivre dans la jungle des hommes. Ses seules ressourcessont son énergie, sa sincérité, son instinct de survie.

Comme Valentin avant lui, Hector démarre sa jeune vie, en guerre... Pour combattre la peur de ne pas trouver de travail, Hector érige, comme les soldats en zone de combat, une idéologie de défense, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger et la souffrance. Cette violence insidieuse, euphémisée, la plus acceptée, aux effets les plus durables est la plus ancrée dans notre inconscient collectif. Elle nous a paradoxalement amenés à être très violents avec nous-mêmes.

Face à la pression du pouvoir, se plaindre, être angoissé, hésitant, inquiet, deviennent des attitudes efféminées. Pour exister, pour ne pas perdre son emploi, on pratique humiliations, bravades et défis. Le cynisme est devenu l’équivalent de courage et de force de caractère. La tolérance à l’injustice et à la souffrance infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Si on ne se plie pas à l’injonction de la performance, on est stigmatisé, mis à l’index. Le harceleur n’est pas un pervers narcissique, mais un homme, un vrai, qui doit pour réussir, parvenir à ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres.

Cette infantilisation, cette déresponsabilisation provoquée, légitimée par le pouvoir, est incarné ici par une femme, Éléonore. J’ai eu envie de rendre interchangeables les attributs du masculin et du féminin, déplacer les déterminismes et nos représentations, explorer d’autres figures du libéralisme.

Quel est notre seuil d’acceptation ?
Pourquoi choisit-on de risquer son intégrité physique et morale face à l’abus de pouvoir ? Comment devient-on, face à la violence de la cruauté ordinaire, un héros, un créateur au quotidien ?

Grâce à Hector, Valentin se retrouve soudain face à sa propre histoire, face à son père. Il y a un effet de miroir générationnel dans la rencontre de ces trois figures qui ouvre, éclaire d’autres repères, où la fatalité du destin peut être enfin rompue. Je tente d’explorer l’impact de cette perte de soi, qui le temps d’un soir exulte quelque part en Europe dans un routier perdu, où l’animal humain exprime sa nature sauvage.

Pourquoi refusons-nous de reconnaître en nous cette violence intime ? Comme le dit Nathalie Sarraute, nous aspirons à une uniformité des conduites. Nous préférons aseptiser notre regard. Nous sommes devenus conformistes par adhésion, sourds et aveugles aux effets d’une guerre économique qui transforme en profondeur les rapports entre les individus, bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme.

L’histoire d’Hector et de Valentin en est l’aperçu. 

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