court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western, tranche de vie
  • durée : 20 mn
  • thèmes : violence, filiation, transmission, résilience.

portraits : Christian Coulon 2015 - (Fay sur Lignon - Haute Loire)

« On tend vers une uniformité des conduites, mais on n’y est pas encore.
Les gens se constituent leurs propres limites, finalement, ils se ferment aux autres. Ils se ferment à tout un ordre de sensations, de sentiments qu’ils refusent de connaître. Ils prétendent ne les avoir jamais éprouvés et ils ne veulent pas mettre le pied sur ces sables mouvants. Ils n’ont pas envie de toucher à la sacro-sainte image qu’ils ont d’eux-mêmes, à leur intégrité, à leur unité.
C’est une façon de ne pas vouloir reconnaître en eux une violence intime ».

                                                             
                                                                 Nathalie Sarraute - Entretiens S. Benmussa - Edit° La Renaissance - 1999

  • Un samedi soir pluvieux de septembre dans un relais routier perdu au cœur d’une forêt française. A une table isolée, Valentin patron d’une petite scierie rencontre Hector, un jeune garçon à la dérive, turbulent et agressif. Il décide de le prendre sous son aile. 
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  • Alors qu’ils font connaissance dans la cohue âpre et bruyante de cette fin de semaine, un vieil homme au regard agité, usé par l’alcool, erre de table en table pour soutirer un coup de plus à boire. Quand il s’arrête face à un groupe de jeunes bucherons slovaques, la réponse est cinglante, humiliante, cruelle. Toute la salle rit aux dépens du vieil homme. Valentin se lève, défie seul les six jeunes bucherons surexcités. S'il a des raisons personnelles de désamorcer la violence aveugle portée à son comble et de prendre la défense de cette épave alcoolique qui s’agite dans une mare de bière, ce n’est pas par compassion…

intentions
La dynamique sous jacente de notre société a toujours été la violence. Hors des représentations qu’en fait le cinéma, religions, lois, enjeux financiers et commerciaux, tout le monde semble penser que l’homme est un sauvage domestiqué, mais peut-être est-il seulement un animal... 

Impossible en tout cas de dire que nous ne sommes pas violents. A l’heure où les conflits sont toujours plus escamotés, euphémisés, le western comme genre cinématographique est la forme vers laquelle j’ai envie de tendre pour représenter la violence. 

On peut penser que la violence physique exercée sur les corps ne nous touche plus. Démesure d’images de guerre, d’attentats... Jusqu’à ne plus voir ceux qui meurent sous nos yeux, sur nos plages, sur nos trottoirs, au cœur de nos villes.

Comment devient-on un héros, un créateur au quotidien ? Pourquoi choisit-on de risquer son intégrité physique et morale face à l’abus de pouvoir et à la cruauté ordinaire ? Que fait-on de l’animalité qui sommeille en nous, de notre sidération face au spectacle de la violence ?  Peut-on encore provoquer un effet de catharsis face à cette exultation maladive ? 

Il y a pourtant une autre violence. Sourde. La plus acceptée de toutes, aux effets les plus durables et les plus ancrés dans notre inconscient, c'est la violence issue de la mise en concurrence généralisée des individus. C’est la violence des rapports de pouvoir, des rapports de classe, celle d’une économie au service des riches, des dominants, invariablement légitimés par l’économie politique. Une agression sociale qui nous en dit plus sur nous-même que les violences les plus spectaculaires. 

Cette usurpation politique nous a paradoxalement amenés à être très méfiants. Comme le dit Nathalie Sarraute, nous aspirons à une uniformité des conduites. Nous ne voulons plus reconnaître en nous une violence intime, jusqu’à aseptiser notre regard, incapables d’accepter la plus élémentaire controverse, hypersensibles à la moindre inflexion, au moindre écart, au moindre éclat de parole. L’engagement est discrédité. Nous avons appris patiemment à stériliser notre point de vue et sommes logiquement devenus sourds et aveugles à la violence d’une morale économique qui elle, s’impose toujours plus. 

Quelles sont les limites de nos rapports de force ? Quel est notre seuil d’acceptabilité ? Regardons-nous réellement le monde en face ? Pourquoi n’avons-nous pas le courage de le nommer ? 

Ce n’est pas la monstruosité des personnages ou leur vertu qui m’intéresse, mais leur humanité, leurs contradictions, leurs trajectoires existentielles, la mise en scène de leur histoire cachée. Je souhaite décrire, au-delà même de la figure du personnage de fiction, différentes formes de violence et voir comment elles nous traversent. 

J’essaie d’explorer à travers cette histoire muette entre un fils et son père, les ressorts qui permettent d’éclairer une forme de résilience à la violence, où la fatalité du destin tracé de l’enfant peut être enfin rompue. Face à l’absence de père, grâce à ce qu’il initie avec Hector, Valentin inaugure une autre transmission, d’autres repères, une autre forme de filiation, une autre continuité générationnelle. Un effet de miroir qui lui permet de créer une alternative au traumatisme qu’il a lui-même vécu. 

L’énergie, la nature et la parole heurtée d’Hector sont inspirées du réel, issues d’une rencontre filmée de mains écrouées, mises à l’ombre, qui racontent les traces, les indices, l’énigme des secrets, des mystères enfouis avec qui nous avons dialogué au cours d’un appel à tes mains - (cf vidéo > Daniel) 

L’autre motif est celui du lieu, du public, de l’environnement dans lequel cette histoire surgit. C’est une caisse de résonance, un personnage antagoniste à part entière chez qui la sauvagerie humaine ne peut se vivre qu’à visage découvert. 

C’est là peut-être qu’on peut commencer à parler de genre. A travers le lieu, dans la mise en scène des tensions, où aucun échappatoire n'est possible. Il faut partir de là. De l’action. Dans la mise en confrontation de faits, de regards, de silences, entre des mondes incompatibles. Il y a dans la situation que je propose aucune philosophie secrète. Rien d’autre que ce qui est ici et maintenant, sur l’écran, dans la singularité des corps, des gestes, des silences. Tout est dans le présent, rien n’est avoué. 

Et c’est dans cette présence de chacun face aux événements que le film peut s’approcher de sa dimension universelle. L’universelle solitude, l’universelle violence, l’universelle souffrance humaine.