court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western
  • durée : 30 mn
  • tags : enfants placés, inégalités, traumatisme, guerre, résilience et néo-libéralisme.

 

« Je ne rêve jamais. Je reproche au rêve de se substituer trop souvent à l'action.
Le plus petit acte du monde ma paraît plus beau qu'un rêve.
Je ne rêve jamais, j'aime, voilà tout mon secret 
 »

                                                                      Joseph Delteil - La Deltheillerie -  Edit° Grasset.

 

« Le western est le lieu d’une répétition infinie, celle des mêmes rites qui consacrent un ordre sans cesse menacé et sans cesse rétabli. Il s’agit toujours d’être en état de refaire au moment voulu le même geste, celui de dégainer son révolver et d’appuyer sur la gachette.

Dans cet univers privé de temporalité, c’est toujours le même dixième ou le même centième de seconde qui revient l’espace d’un battement de cil où pourrait être remis en question l’ordre libéral par lequel il se retrouve en définitive confirmé »

                                                                      Bernard Dort - La Nostalgie de l’épopée, in Bellour-Le western. 

  • Un samedi soir de novembre, Annabelle, une jeune ado solitaire et démunie, arrive dans un relais routier perdu au cœur d’un important chantier forestier. Turbulente, en situation de survie, elle cherche du travail, une issue, un lien et accessoirement du travail...
  • Livrée à elle-même dans la cohue âpre du routier, elle va faire l’expérience cruelle du monde des adultes, mais aussi une rencontre inattendue...

intentions
J’ai toujours travaillé sur la transmission du traumatisme, notamment les effets du traumatisme issu de la guerre. Je tente d’une certaine manière avec ce projet de répondre à ma propre histoire, mais il m’était difficile, sinon impossible de le faire frontalement.

D’une exclusion à l’autre, les effets de l’exclusion sociale, notamment des enfants placés, portent en eux une réalité d’une autre violence que le traumatisme de la guerre. Ils n’en demeurent pas moins concrets, plus proches de nous et d’une urgence bien réelle.

J’ai eu très tôt deux envies complémentaires pour nourrir l’idée du film.
D’une part, prendre comme métaphore, un milieu, un contexte, une situation, l'atmosphère du routier. Un lieu où règne la loi de la sélection naturelle qui est aussi celle de la mise en concurrence généralisée. Comme la guerre, elle est arbitraire, fondée sur l’incertitude et l’angoisse. Elle s’inscrit à même nos subjectivités, transforme en profondeur les rapports entre les individus, bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme

Et d’autre part, le désir de travailler à partir d’un genre, le western, comme espace mythologique de la violence. Plus singulièrement le western crépusculaire des années 60. Au-delà de ses représentations et ses codes, il me paraît être la forme la plus à même de décrire la dynamique du désastre de l’ordre libéral.

Pour incarner la métaphore, une enfant placée livrée à elle-même, seule, sans attaches ni soutien, avec comme unique ressource, son énergie, sa sincérité, son courage et pour seul langage, une violence insidieuse, euphémisée, invisibilisée, qui se traduit par les mutilations qu’elle s’inflige pour se sentir exister, prouver qu’elle a une valeur à ses propres yeux.

Il s’agit dès lors de filmer l’écart entre une enfant et la violence du monde. Une violence ancrée au plus profond de son être, de sa langue, de ses rêves.

Dans son parcours chaotique, Annabelle est emportée par la déshérence affective, les humiliations, l’abandon, l’impératif de survie. Pour combattre l’absence de repères et la peur, elle adopte comme les soldats en zone de combat, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger et la souffrance. Pour prendre sa place dans la jungle libérale, chacun doit ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres. La tolérance à la violence et à l’injustice infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Le calcul, le cynisme sont devenus l’équivalent de courage et de force de caractère.

Il faut partir de là, de cette vision, de ce lieu où règne la loi du plus fort. Un huis clos sans échappatoire possible qui est celui du libéralisme sauvage. Plus personne ne contrôle la situation. Les choix des personnages se font d’instinct, immédiatement, dans l’instant présent, sans mensonge possible. Il n'y a pas d'alternative.

L’histoire de la rencontre d’Annabelle et de Valentin en est l’aperçu. Elle ouvre d’autres repères de filiation, un effet de miroir générationnel où l’avenir prend d’autres contours, où la fatalité peut être enfin rompue

janvier 2020